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Carrière et vie professionnelle

Le cabinet de physique du château de Cirey (2e partie)

III. Culture matérielle et métaphysique de l’uniformité

Nollet dans son cabinet, frontispice des <i>Leçons de physique expérimentale</i>

Nollet dans son cabinet, frontispice des Leçons de physique expérimentale

Un an à peine après la parution des Lettres philosophiques de 1734, dans lesquelles se trouve l’exposé défavorable à Descartes et plutôt flatteur à l’égard de Newton, Voltaire exprime son désarroi face à la montée croissante de la raison au sein des salons parisiens. On connaît bien le refrain: « Les vers ne sont plus à la mode à Paris. Tout le monde commence à faire le géomètre et le phisicien. » L’abbé Nollet n’est pas étranger à cette exaltation mondaine, lui qui débute dès 1735 ses cours de physique expérimentale sur la rue Mouton, près de la Grève, à Paris. Mme du Châtelet mentionne en 1736 que l’abbé Nollet « me mande qu’on ne voit à sa porte que des carosses de duchesses, de pairs et de jolies femmes ». Elle ajoute, enchantée: « Voilà donc la bonne philosophie qui va faire fortune à Paris. Dieu veuille que cela dure! »

La physique expérimentale tient une place de la première importance dans les écrits de Mme du Châtelet. Dans ses Institutions de physique, elle avertit d’emblée son fils, à qui est destiné l’ouvrage: « Souvenez-vous, mon fils, dans toutes vos Etudes, que l’Expérience est le bâton que la Nature a donné à nous autres aveugles, pour nous conduire dans nos recherches; nous ne laissons pas avec son secours de faire bien du chemin, mais nous ne pouvons manquer de tomber si nous cessons de nous en servir ». Elle ajoute, cependant, que bien que ce soit à « l’Expérience à nous faire connaitre les qualités Physiques », c’est « à notre raison à en faire usage & à en tirer de nouvelles connaissances & de nouvelles lumières ».

Mme du Châtelet ne se limite donc jamais qu’aux simples résultats empiriques. On sait qu’elle a effectué un grand nombre d’expériences de chimie avec Voltaire lorsque celui-ci se mit en œuvre d’écrire un discours sur la nature du feu pour l’obtention du prix de l’Académie royale des sciences. Quand elle se décide toutefois à rédiger sa propre Dissertation sur la nature et la propagation du feu, elle avouera à Maupertuis, plus tard: « Je n’ai pu faire aucune expérience parce que je travaillais à l’insu de mr de Voltaire et que je n’aurais pu les lui cacher. Je ne m’en avisai qu’un mois avant le temps auquel il fallait que les ouvrages fussent remis, je ne pouvais travailler que la nuit, et j’étais toute neuve dans ces matières. »

Le texte fait pourtant référence à un grand nombre d’expériences réalisées par les plus grands savants de l’époque. Qui plus est, à partir d’un corpus expérimental similaire à celui de Voltaire, du Châtelet parvient dans son ouvrage à combattre toutes les idées de ce dernier. Que fait-elle donc de différent ? Que cherche-t-elle réellement ? Quel est en définitive cet être que nous appellons feu ? « Voilà, nous dit Mme du Châtelet, ce que la sagacité des Boyle, des Musschenbroek, des Boërhaave, des Homberg, des Lémery, des ‘sGravesande, &c. n’a pû encore décider. » Elle poursuit, en poussant encore plus loin sa réflexion contre la nature strictement empirique des connaissances scientifiques: « Il semble qu’une vérité que tant d’habiles Physiciens n’ont pû découvrir, ne soit pas faite pour l’humanité. Quand il s’agit des premiers principes, il n’y a guéres que des conjectures & des vrai-semblances qui nous soient permises. Le Feu paroît être un des ressorts du Créateur, mais ce ressort est si fin qu’il nous échappe. » Mme du Châtelet ne peut — ni ne veut — se fier uniquement qu’aux sens corporels et aux expériences. Elle possède à n’en pas douter une vaste connaissance du corpus expérimental de l’époque, qu’elle déploit à bon escient d’ailleurs, mais cette connaissance des expériences de chimie et de physique est davantage livresque que matérielle et corporelle. Je crois qu’elle admet en partie cet état de fait lorsqu’elle écrit à Pierre Robert de Cideville qu’elle emploie son « temps à démêler les vérités que les autres ont découvertes. »

Certes, il y a beaucoup plus. Dans la première partie des Institutions de physique, du Châtelet s’attarde avant tout à établir les fondements de la physique sur une base métaphysique de type leibnizienne. Comme elle l’explique, bien que « [p]lusieurs vérités de Physique, de Métaphysique, & de Géométrie sont évidemment liées entre elles » c’est « [l]a Métaphysique [qui] est le faîte de l’Edifice ». Alexis Claude Clairaut émet un commentaire supplémentaire à ce sujet: « Quant à la partie Physique de votre ouvrage elle m’a fait beaucoup de plaisir aussi, non pas comme la première [la métaphysique de Leibniz] en m’ouvrant un champ nouveau, mais en me mettant sous les yeux dans un bel ordre et d’une façon agreable les verités les plus satisfaisantes de la Physique ». Cet ordre et cette façon agréable d’exposer les vérités de la philosophie naturelle ont été rapportés par plusieurs autres commentateurs contemporains, comme l’a déjà noté Elisabeth Badinter dans les Passions intellectuelles. Ce qui est intéressant de constater, toutefois, c’est que cet ordre tant admiré résulte non pas de la physique ou des mathématiques, mais d’un épistème intrinsèque à la métaphysique de Leibniz, comme le précise le philosophe François Duchesneau: « A l’horizon se profilent certes des représentations de type métaphysique; mais, à l’intérieur du discours de la science, le système de raisons suffisantes [de Leibniz] se limite, semble-t-il, aux principes requis pour une mise en ordre combinatoire des lois empiriques: cet ordre serait garanti par son pouvoir d’organiser l’explication progressive des faits d’expérience ».

Plance tirée des <i>Institutions de Physique</i> de la marquise du Châtelet

Plance tirée des Institutions de Physique de la marquise du Châtelet

Planche tirée des <i>Leçons de physique expérimentale</i> de Nollet.

Planche tirée des Leçons de physique expérimentale de Nollet.

Cette mise en ordre donc, cette organisation progressive des faits d’expérience n’est pas le propre de la physique ni de la géométrie: c’est la métaphysique des raisons suffisantes qui en est garante. Les Institutions de physique, écrites au moment même où Voltaire érige son cabinet de physique, participent d’une démarche épistémologique bien différente de celle privilégiée par le poète newtonien. Chez Voltaire, le cabinet de physique exprime de manière absolue et unique la méthode empirique, c’est-à-dire l’accumulation quasi infinie de données produites par l’expérience. Le cabinet de Cirey devient pour Voltaire l’expression matérielle (et ostentatoire) de la méthode expérimentale des newtoniens. Pour Mme du Châtelet, en revanche, ce n’est ni la matérialité des objets ni les expériences, mais plutôt la métaphysique qui symbolise le mieux l’épistémologie de la philosophie naturelle. Je prétends que le cabinet de physique de Cirey n’eut jamais pour la marquise une fonction épistémologique (c’est-à-dire qui permet l’acquisition des connaissances) ; il fut plutôt le reflet matériel d’un autre volet de la métaphysique, la métaphysique de l’expérience.

Par exemple, les expériences mentionnées dans les Institutions de physique sont en très grande majorité tirées de mémoires et d’ouvrages de physique bien connus  —  Newton, Galilée, Boyle, Désaguliers, Mariotte, Huygens, etc. Mais comme on peut le constater dans les gravures ci-contre, la matérialité des instruments scientifiques est absente ; ceux-ci (contrairement à l’abbé Nollet) sont remplacés chez du Châtelet par une représentation rationnelle, une abstraction géométrique du phénomène sous observation (par exemple, la mécanique des plans inclinés). Au sein de ces gravures, les résultats expérimentaux sont absolus et souverains ; ils ne sont plus sujet aux vicissitudes de l’expérience ni à la précarité des manipulations instrumentales. C’est à partir de l’uniformité des faits d’expérience, établie par les savants d’Angleterre, de Hollande et de France, que Mme du Châtelet est à même de fonder ses hypothèses sur la nature du feu, l’attraction gravitationelle de Newton et la controversée vis viva. Le cabinet de physique de Cirey dès lors sert à introduire et à consolider une « métaphysique de l’uniformité », formule empruntée à Lorraine Daston, c’est-à-dire une objectivation intégrale des faits d’expérience à partir desquels il devient possible de tirer les causes des phénomènes. Les expériences sont certes fondamentales pour Mme du Châtelet, mais seulement lorsqu’elles ne causent plus aucun problème ; à partir du moment où elles deviennent uniformes.

Pour Mme du Châtelet, le cabinet de physique de Cirey ne possède qu’une seule et véritable valeur : celle de démontrer l’uniformité des faits d’expérience établis par un grand nombre de savants européens. Cependant, en se basant sur l’assise solide et indiscutable d’une telle métaphysique de l’uniformité, du Châtelet peut en toute confiance sauter directement à l’analyse des données expérimentales, sans jamais douter de leur véracité. C’est ensuite l’ordre, l’organisation des faits d’expérience déterminée par la métaphysique des raisons suffisantes qui crée les nouvelles connaissances. Voltaire et du Châtelet ont donc des programmes épistémologiques bien distincts, des programmes pour lesquels le cabinet de physique du château de Cirey symbolise, matérialise pourrait-on dire, deux représentations antinomiques de la philosophie naturelle. Si on omet d’introduire la culture matérielle dans le discours philosophique entre Voltaire et du Châtelet, il n’est pas possible de saisir complètement leur désaccord épistémologique. (à suivre)

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March 10, 2009 Posted by | Epistemology, Instrument | , , , , | Leave a comment

Le cabinet de physique du château de Cirey (1ère partie)

Culture matérielle et « métaphysique de l’uniformité » chez la marquise du Châtelet
(version écrite d’une conférence présentée à Paris en juin 2006)

Le château de Cirey, aujourd'hui

Le château de Cirey, aujourd'hui

C’est le président du Parlement de Paris, Jean-François Charles Hénault qui, selon moi, a le mieux dépeint la galerie dans laquelle se trouvait le cabinet de physique du château de Cirey. Il écrit en 1744 :

“J’ai aussi passé par Cirey; c’est une chose rare. Ils sont là tous deux seuls, comblés de plaisirs. L’un fait des vers de son côté, et l’autre des triangles. La maison est d’une architecture romanesque et d’une magnificence qui surprend. Voltaire a un appartement terminé par une galerie qui ressemble à ce tableau que vous avez vu de l’école d’Athènes, où sont assemblés des instruments de tous les genres, mathématiques, physiques, chimiques, astronomiques, mécaniques, etc.; et tout cela est accompagné d’ancien laque, de glaces, de tableaux, de porcelaines de Saxe, etc. Enfin, je vous dis que l’on croit rêver.”

Bien que les historiens omettent rarement de souligner les instruments scientifiques du cabinet de physique, aucun, à ma connaissance, n’a encore pris la peine d’analyser cette facette de la vie intellectuelle à Cirey. C’est avec modestie que je tenterai dans ce qui suit de corriger cette lacune historique, en retraçant tout d’abord l’origine de ce somptueux cabinet de physique pour ensuite, dans un second temps, essayer d’en soutirer la valeur épistémologique quant à la philosophie naturelle de la marquise du Châtelet. Mais avant d’atterir en Champagne pour y débuter notre analyse historique et épistémologique, il n’est toutefois pas sans intérêt de passer brièvement par Lunéville, à la cour de Lorraine, afin d’y découvrir un des plus bels exemples de cabinets de physique que le siècle des Lumières ait légués. Ce cabinet de physique lorrain ne laissa pas indifférent le principal instigateur du cabinet de physique de Cirey, j’ai nommé Voltaire.


I. Lunéville : un serrurier philosophe à la cour de Lorraine

Au chapitre 17 de son Siècle de Louis XIV, Voltaire écrit à propos de la cour de Léopold, duc de Lorraine, une phrase qui deviendra plus tard célèbre: « Sa cour [celle de Léopold] était formée sur le modèle de celle de France. On ne croyait presque pas avoir changé de lieu quand on passait de Versailles à Lunéville. » Ce passage est habituellement perçu comme une fleur lancée à Léopold et à ses efforts pour rétablir les arts, les sciences et la bienséance en Lorraine suivant la paix de Ryswick. Or, permettez-moi plutôt d’y trouver un soupçon d’ironie bien voltairien.

Cette relecture me vient d’une lettre écrite par Voltaire en juin 1735, tout juste après son départ de Lunéville où il séjourna plusieurs semaines. C’est au cours de cette visite à la cour de Lorraine que Voltaire fait une découverte exceptionnelle et inattendue :

“Il y a là un établissement admirable pour les sciences, peu connu et encore moins cultivé. C’est une grande salle toute meublée des expériences nouvelles de physique, et particulièrement de tout ce qui confirme le système newtonien. Il y a pour environ dix mille écus de machines de toute espèce. Un simple serrurier devenu philosophe, et envoyé en Angleterre par le feu duc Léopold, a fait de sa main la plupart de ces machines, et les démontre avec beaucoup de netteté. Il n’y a en France rien de pareil à cet établissement, et tout ce qu’il a de commun avec tout ce qui se fait en France, c’est la négligence avec laquelle il est regardé par la petite cour de Lorraine. La destinée des princes et des courtisans est d’avoir le bon auprès d’eux, et de ne le pas connaître. Ce sont des aveugles au milieu d’une galerie de peintures. Dans quelque cour que l’on aille on retrouve Versailles.” [nous soulignons]

On a déjà fait mieux en guise de compliment ! Il est de mon avis que cette phrase célèbre extraite du Siècle de Louis XIV et jugée aimable par les historiens d’hier et d’aujourd’hui fut plutôt une pointe d’ironie générale, destinée aux courtisans et directement reliée à l’utilisation médiocre du cabinet de physique de Lunéville. Quoique négligé par l’aristocratie lorraine, ce cabinet de physique dirigé par Philippe Vayringe, le « serrurier devenu philosophe », est en revanche un endroit où figure la « saine physique », celle de Newton et des expériences. Il suffit d’ailleurs de contaster le plaisir avec lequel Voltaire raconte la déconfiture d’un prédicateur jésuite « qui ne savait que des mots » au dépend de la duchesse de Richelieu, son amie. En effet, cette dernière, qui suit « quoy que d’assez loin » les traces de la marquise du Châtelet, fit tout de même grand honneur aux leçons de physique expérimentale de Vayringe et au système newtonien en général.

Le château de Lunéville, aujourd'hui

Le château de Lunéville, aujourd'hui

L’étonnement initial provoqué par la « chambre des machines » du château de Lunéville devient rapidement chose du passé. En effet, dès son retour à Cirey au milieu de l’été 1735, Voltaire entreprend plusieurs projets, notamment la rénovation du château et la rédaction de son Siècle de Louis XIV (d’où le lien direct entre le cabinet de physique de Lunéville et le passage cité plus haut). Son Siècle de Louis XIV semble du reste monopoliser la majeure partie de ses activités savantes, au détriment, à première vue, de tout le reste:

“La métaphisique, un peu de géométrie et de phisique ont aussi leur temps marquez chez moy, mais je les cultive sans aucune vue marquée, et par conséquent avec assez d’indiférence. Mon principal employ à présent est ce siècle de Louis 14, dont je vous ay parlé il y a quelques années: c’est là, la sultane favorite, les autres études sont des passades.”

Voltaire débute aussi, il est vrai, la rédaction de la section consacrée à l’optique de ses Éléments de philosophie de Newton. Cette rédaction nécessite non seulement l’aide de notre marquise, mais aussi des expériences avec prismes et verres, que Voltaire et du Châtelet effectuent ensemble. Rien de tout cela pourtant ne montre que Voltaire s’intéresse à l’élaboration d’un cabinet de physique. Ce n’est finalement qu’au début de l’été 1737, se détournant de surcroît de la physique newtonienne pour la chimie, que Voltaire porte enfin une attention particulière et soutenue à l’instrumentation scientifique.


II. L’Abbé Nollet et le cabinet de physique de Cirey

nol14Voltaire engage alors ses deniers, et les bons soins de son fidèle ami et argentier, l’abbé Moussinot, dans une série de transactions qui lui permettent d’acquérir un assortiment d’appareils pour ses expériences sur la nature du feu, plus particulièrement l’effet de la calcination sur le poids des métaux. En plus des miroirs ardents concaves et convexes  — afin de comparer la nature du feu solaire à celle des forges — et d’autres accessoires tels que terrines, creusets et retortes de verre, Voltaire tente de mettre la main sur de bons thermomètres et baromètres. Les requêtes en informations de toutes sortes et en instruments sont nombreuses et quasi exténuantes pour celui qui les reçoit, ce que reconnaît volontiers Voltaire : « Chaque jour de poste, écrit-il à l’abbé Moussinot, sera donc de ma part une nouvelle importunité ». A compter de cette époque, par ailleurs, les instruments de thermométrie ne seront plus les seuls à retenir l’attention des amphitryons de Cirey. En septembre 1737, Voltaire écrit à l’abbé Moussinot et à l’académicien Henri Pitot qu’il est à la recherche d’une bonne machine pneumatique, d’un bon télescope de réflexion — chose rare à son avis — d’une sphère copernicienne parfaite et d’un verre ardent de grande dimension. Un mois plus tard, Voltaire fait part à l’abbé Moussinot de ses nouvelles sollicitations auprès de Pitot: « [je l’ai prié] d’examiner tout ce que [le fabricant d’instruments] de Ville peut m’envoyer. Nous ferons de toutes les machines et de celles que vous achèterez ailleurs un ou plusieurs ballots. J’arrange leurs places dans ma gallerie ». En décembre, la confection du cabinet accapare tellement Voltaire que seulement deux actes de la pièce de théâtre Mérope sont composés. Mme Du Châtelet se sert même explicitement du cabinet pour mander de nouveau Pierre Louis Moreau de Maupertuis à Cirey, précisant qu’il y trouverait « un très beau cabinet de physique, [où] vous y pourrez faire toutes les expériences que vos lumières vous feront imaginer. »

S’il faut en croire la correspondance de Voltaire, c’est à l’abbé Jean-Antoine Nollet, futur académicien et vulgarisateur des sciences célèbre, que Voltaire s’adresse pour fabriquer la majeure partie des instruments du cabinet de physique de Cirey. Voltaire ne se prive de rien : « L’abbé Nolet me ruine » laisse-t-il tomber en octobre 1738. En effet, selon le poète, « il faudra peut-être 9 ou 10 mille francs pour l’abbé Nolet, et pour le cabinet de phisique ». Ce débours d’importance est nécessaire puisque, poursuit-il, « [n]ous sommes dans un siècle, où on ne peut être savant sans argent ». Or de l’argent, Voltaire n’en manque pas. Ce qui lui fait défaut, en revanche, est une expertise, un savoir-faire qui ne se trouve que chez un nombre restreint de ‘méchaniciens’ français. Voltaire reconnaît sans détours cette réalité de fond :

“Vous m’aurez fait un très sensible plaisir mon cher abbé [Moussinot] si vous avez donné les 1200# [livres tournois] à mr Nolet avec ces grâces qui acompagnent les plaisirs que vous faites. Je vous prie de luy offrir cent louis s’il en a besoin. Ce n’est point un homme ordinaire avec qui il faille compter. C’est un philosophe, c’est un homme d’un vray mérite qui seul peut me fournir mon cabinet de phisique et il est beaucoup plus aisé de trouver de l’argent qu’un homme comme luy.”

Nollet était bien connu des châtelains. Déjà en 1736, du Châtelet confie au litterato Francesco Algarotti : « Il faut que je vous dise encore que l’abbé Nollet m’a renvoyé ma chambre obscure, plus obscure que jamais; il prétend que vous l’aviez trouvée fort claire à Paris: il faut que le soleil de Cirey ne lui soit pas favorable; il ne l’a point raccomodée ».

Pompe à feu de Nollet, Musée Stewart de Montréal

Pompe à feu de Nollet, Musée Stewart de Montréal

Les appareils que dessine et offre Nollet entrent tout naturellement dans la catégorie « des besoins et des plaisirs nouveaux » que décrit Voltaire dans le Mondain, son essai poétique sur le luxe. D’ailleurs, selon la rhétorique de l’abbé Nollet, la magnificence peut se transformer en une qualité des instruments scientifiques, pourvu cependant qu’elle soit toujours considérée comme un « mérite subordonné à l’éxactitude ». L’abbé philosophe est de plus convaincu que les instruments présentés avec une certaine grâce intéresseront cette difficile clientèle à la recherche de luxe et de divertissement. Or la très grande majorité des instruments que l’abbé Nollet propose à sa clientèle aristocratique sont dits de démonstration. Ceux-ci servent davantage à illustrer la physique expérimentale newtonienne qu’à en découvrir et à en interpréter les mystères. Les cours et les leçons de l’abbé Nollet, de même que les instruments qui les accompagnent, sont en vérité des outils pédagogiques pour la diffusion de la méthode et des concepts de la physique expérimentale. Hormis les machines pneumatiques et électrostatiques, qui permettent encore un grand nombre d’expériences nouvelles, les appareils livrés par Nollet et réunis par Voltaire à Cirey permettent avant tout de corroborer (de standardiser) les phénomènes de physique, que ce soit pour la mécanique, l’électricité ou l’hydrostatique. Bien qu’ils n’offrent aucun secours direct quant à la détermination des causes premières des phénomènes, ils jouent toutefois un rôle épistémologique et métaphysique important dans le cadre de la philosophie naturelle de la marquise du Châtelet. (à suivre)

March 10, 2009 Posted by | Epistemology, Instrument | , , , , | 1 Comment

The Astrolabe Syndrome

Early 15th-century astrolabe by Jean Fusoris

Early 15th-century astrolabe by Jean Fusoris, from the Adler Planetarium, Chicago, USA.

During the Wandering Seminar, a spectacular traveling journey through Europe organized by the Max Planck Institute for the History of Science (see the official website) to which I participated, the astrolabe became the symbol of everything that is hopeless, mind-numbing, ominous, tedious, unconstructive, un-museological — in short dead-boring — about scientific instruments and, more generally, historical objects. The talk we had in Berlin on this sophisticated piece of scientific knowledge and craftsmanship certainly did not help alter or challenge the opinion of the group. Why? Because it was no more than a hasty overview of the astrolabe’s purpose and mode of operation. Whatever the socio-historical and scientific importance of this instrument, the astrolabe remained for the group 15 wanderers one of the most uninteresting artefacts of the Grand Tour.

How can this situation be explained? Had it been possible to transform this instrument into a knock-out historical object? Or is it “mission impossible”? (One of the 2006 summer blockbuster movies I watched in the little free time we had. Another blockbuster, X-Men, had a different impact on my thinking. See my Mutant Object entry.) Since then, the Florence Istituto e Museo di storia della scienza created a pedagogical website (in Italian for now) about the astrolabe, replicating for the latter the kind of didactical approach they developped for Galileo’s compass. (See this nice and rich website here.) Through this innovative teaching method, some of the most difficult and “boring” aspects of the astrolabe have been removed. Will a website, however, make the astrolabe more popular and user-friendly? That is the ultimate challenge.

What is true of the astrolabe, however, is also true for most scientific objects. What do we do with a 16th-century pair of terrestrial and celestial globes? What about a 17th-century microscope? An 18th-century dividing machine? A 19th-century spectrograph? A 20th-century bubble chamber? Are these instruments of science less boring and easier to understand than an early 15th-century astrolabe by Jean Fusoris? With objects of art, visitors are happy just looking at them and taking away what they want (more so if it deals with Renoir, Monet, Michelangelo, etc.), even though they have usually no clue at all of the cultural and socio-historical genesis of these same works of art. Going to Museum of the History of Science in Oxford and seeing the most important collection of astrolabes in Europe doesn’t have the same impact, as one can easily imagine.

Whether an astrolabe or a bubble chamber, scientific objects are still untamed beasts. They are strange and difficult, even though astrolabes have intrinsic esthetic qualities (which explains why they are too often exhibited as decorative art objects, without any explanation whatsoever). How can they be disciplined? How can they become as interesting as an object of art? In other words, can we find a cure for what I would like to call the “astrolabe syndrome”? At least we know the origins of the disease: science museums and museums of the history of science.

One could argue of course that it is rather a societal problem, one dealing with a general decline of interest in science. Yet, science is systematically taught in schools at all levels, whereas art is not. We are hammered all the time by governments about the importance of science and technology to the development of a strong economy and, therefore, to the welfare of the nation; not so adamantly regarding the arts (which I agree is a pity). I’m convinced that art itself would be as “esoteric” and difficult as science had it not been for art museums. They were the ones who established the “artistic authority” of Monet, Giacommetti, Rodin, etc. Without them, we would have a different understanding of art. With the recent opening in Paris of the Musée du quai Branly (Musée des arts premiers) I strongly believe that ethnology and anthropology will acquire their lettres de noblesse as never before. It is, therefore, to science and history of science museums we have to turn to if we ever want to find a treatment to the astrolabe syndrome.

We saw all kinds of exhibitions during our wanderings, ranging in price tags from a few thousands euros to millions of euros. Yet they all failed, in my opinion, in conveying the enthusiasm one single painting from Klimt or Raphael does in an art museum (for example, the new Klimt acquired by the NYC Neue Gallery, for the whooping 125 million dollars!). I’m sure we can find a treatment to the astrolabe syndrome, but in order to do so we will have to reconsider in toto the practice of museum exhibitions. What does it mean? I’m still not certain. One thing I know, however: we need to scrap altogether the current exhibition practices; nothing short than a tabula rasa will do. The new exhibitions will have to integrate a comprehensive understanding of historical, sociological, and cultural agencies that will link science and its material culture to our past, present, and future daily life. New technologies will be necessary; new didactic skills will have to be invented; new spaces designed; etc. Without such a revolution in exhibition practices, I’m afraid the astrolabe syndrome will soon become an uncontrollable pandemic. The wandering seminar certainly has not solve this problem, endemic too all the museums we have visited over the course of two months during the summer of 2006.

March 9, 2009 Posted by | Instrument, Museum | 1 Comment

“Robert Whipple’s Most Beautiful Acquisition”

From the Whipple Museum, Cambridge, UK

From the Whipple Museum, Cambridge, UK

Can you guest from the picture which instrument the title-quote above is referring to? Not really a trick question, n’est-ce pas? The equinoctial ring dial on the left was made ca 1715 by John Rowley, “Master of mechanicks to the King.” According to the Whipple Museum’s label, where the instrument was on display when we visited it during the 2006 Wandering Seminar, this ring dial is similar to the one commissioned by George I as a sumptuous gift to Peter the Great, but personalized for a (wealthy) French client (hence the French inscription on the instrument). This is, in short, a very expensive and elaborate sundial, an instrument to measure time.

But what does this instrument really tell us? Is it truly conceivable to think that Peter the Great would double-bend (he was 6′ 8″ after all!) over such an instrument everytime he wanted it to tell time? Likewise with the French aristocrat, who bought it with plenty of Louis d’or? Maybe once or twice, for the kick of it — and to show they were not as dumb as they were rich and powerful. Then where would such a ring dial go? Most likely on a shelf, ostentatiously reflecting light from its polished brass, bathing onlookers in the glory of its owner.

Thus, one may ask, what was the “real” purpose of this instrument? Was it a “scientific” instrument, or simply a prestigious object of decorative art? Could it be both? Then again, can it be a “scientific object” if the “user” never employed it to tell time? If the latter is true (as I suspect), i.e. if this instrument was essentially perceived as a beautiful and status-granting piece of decorative art, does it really belong in a museum of the history and philosophy of science?

Those are some of the questions that came to mind when I saw this instrument. In fact, they have been with me for a long time. We tend to forget that the majority of instruments found in museums bear a special stamp: they were kept preciously because they were believed to be significant to the history of a scientific discipline (or generally to the history of mankind). This is why we (too often) discover object descriptions with headings such as Masterpieces (Deutsches Museum), Star items (Hunterian Museum), nation’s treasures in trust (Fitzwilliam Museum), historical artefacts of the finest quality (Science Museum, London), etc. They all tell, of course, very interesting stories (and often very important ones). Still, one is left to wonder what happened to “ordinary” stuff of daily life, the simple things  — the non-masterpieces, the choses banales (Daniel Roche) — that were used all the time but never made it to a museum. If you think, for example, that brass astrolabes (back to our syndrome!) are rare in museum collections, think again: paper astrolabes are much rarer. Yet paper astrolabes were in abundance in the Medieval East and in Renaissance Europe, since they were more affordable and easier to produce (with the printing press) than the brass ones. Why then have we more brass than paper astrolabes today in museum collections? I believe the answer is quite obvious. The tough issue is rather the following: can we fully understand the history of science with the kind of museum collections we possess today? Masterpieces propose valuable narratives for sure, but is it the whole story? Can we fully understand what it meant to do natural philosophy during, say, ancien régime France if we study esteemed objects such as this ring dial?

The equinoctial ring dial pictured above is truly a remarkable instrument, no doubt one of “Robert Whipple’s most beautiful acquisition[s].” The story it tells is one of skilled craftsmanship, patronage, trade, and science. But is it a “scientific instrument”? Visitors would probably recognized it as such if it were displayed in an art museum. Yet it begs the question: what gives it its so-called “scientific” character? Why would visitors state it is scientific in comparison to, let’s say, an early modern automaton? (The Musée des arts et métiers in Paris has by the way the most exquisite gallery of such devices). If the chief purpose of this ring dial was finally to faire le beau on a mantelpiece, as a result of a very complex and influential process of gift-exchange, why should we bestow on it a deeper scientific value than, e.g., Vaucanson’s famous flute player or mechanical duck (remember Pynchon!)? Are the “users” responsible for awarding an instrument its “scientific” label? Could it be the instrument maker, on the contrary, who gives an object its scientific character? In other words, does an instrument “become” scientific (due to its users), or is scientificity an “in-built” quality given by instrument makers and the science they embody (here astronomy and timekeeping)? Is this ring dial a representation or an embodiment of science? Therein lies a large part of my sleepless inquiries…

March 9, 2009 Posted by | Instrument, Museum | | Leave a comment

Einstein’s Blackboard as a Mutant Object

From the Museum of the History of Science, Oxford, UK

From the Museum of the History of Science, Oxford, UK

To the experts (historians, collectors, and curators), Oxford’s Museum for the History of Science is known for having one of the best European collections of Renaissance and early modern scientific instruments (including the best collection of astrolabes in the World — the Wandering Seminar’s fetish object). To the general public, however, MHS is perhaps better known for possessing a rather peculiar object: Einstein’s blackboard, on which he gave a well-attended lecture at Oxford in 1931. It has become to some extent a relic, people coming in just to see it-virtually disregarding all the rest. Why an old blackboard, showing a set of field equations that few understands, has such an alluring — compelling — power of attraction?

To acknowledge such an unusual fact, Jim Bennett had the highly original idea of producing an exhibition around Einstein’s blackboard in order to celebrate the centenial anniversary of the special theory of relativity (1905-2005). The Bye, Bye Blackboard exhibition intended to combine “science, art, celebrity, and nostalgia” by inviting more than a dozen artists, scientists, and scholars to draw anything they wanted on similar blackboards as Einstein’s. The result was one of the most successful exhibitions in the history of the museum.

One obvious question arises from this experiment: what kind of “instrument” is this? What can we make of it? I would argue that this blackboard is not a scientific instrument (I think this is rather obvious), but an exceptional mutant artefact. Indeed, this blackboard cries out a truth that is too often forgotten, i.e. the significance of an object is frequently associated to sociological factors far beyond its original and intended ontological essence. In the case of blackboards, one writes on it with white or colored chalk, inscriptions meant to be erased almost immediately as a calculation or the explanation of a concept is completed and/or understood (or not). The nature of knowledge found on such blackboards is thus ephemeral; the intended ontological essence of blackboards is thus not to preserve knowledge, but rather to ascertain and replicate knowledge over and over again. Its ontological purpose is not passive long-term memory but rather short-term active replication. (Andrew Warwick has shown brilliantly in his Masters of Theory: Cambridge and the Rise of Mathematical Physics (2003) how training for the Cambridge mathematical tripos changed with the 19th-century introduction of paper and pencil, which merged both concepts of memory and replication.) Einstein’s blackboard at the MHS, therefore, is a contra naturam aberration, a socially produced “mutant artifact” because its ontological essence — its basic DNA function — has been fundamentally altered.

The significant and consequential alteration of Einstein’s blackboard did not come from an ontological breakdown (inherent principle) but from a sociological onslaught (outside environment) — i.e. preservation of Einstein’s aura of greatness. This sociological alteration has rendered Einstein’s blackboard both stronger and weaker than a plain blackboard. Stronger due to its new acquired fame and power of attraction to the museum, which a plain blackboard would obviously not warrant; weaker due to the simple fact that Einstein’s blackboard is no longer a “real” blackboard, it has lost its most fundamental ontological or genetic essence. Indeed, if you erase the equations on Einstein’s blackboard in order to recover the original ontological function of the blackboard — i.e. the replication of knowledge-you completely loose the socially-created artifact known as Einstein’s blackboard. The sociological metamorphosis at the origin of this celebrated artifact has completely destroyed its intrinsic nature. It has mutated genetically into something else. Einstein’s blackboard has become an object of memory, an object of collection modified at the ontological level by a social desire to celebrate the achievement of a great man.

In becoming this sacrosanct object of collection, Einstein’s blackboard has turned into what Baudrillard calls an objet abstrait de sa fonction. Baudrillard explains in Le Système des objets (1968) that every object has two functions: one is to be used (être pratiqué), one is to be owned (être possédé). In our case, when the blackboard was used before Einstein, it was simply a blackboard. Now that it is in possession of a museum, it has become an object, Einstein’s blackboard, an artifact that has lost its functionality, its intrisic function having been forever abstracted from the actuality of its ontology. This blackboard is no longer a specific instrument of social practices: its inherent qualities have transcended to the realm of subjectivity. As Baudrillard explains: “l’objet pur, dénué de fonction, ou abstrait de son usage, prend un statut strictement subjectif: il devient objet de collection. Il cesse d’être tapis, table, boussole ou bibelot pour devenir ‘objet’. Un ‘bel objet’ dira le collectionneur, et non pas une belle statuette. Lorsque l’objet n’est plus spécifié par sa fonction, il est qualifié par le sujet.” (p.121) When objects are possessed, stocked in private or museum collections, they become “masterpieces,” “star items,” or “artefacts of the finest quality.” This may help explain why we have so much trouble defining what type of object, for example, is the Whipple Museum’s ring dial discussed elsewhere. When used and manipulated, the ring dial is a scientific instrument; when seen behind a museum’s glass window (or, in the past, found on the shelf in an aristocrat’s cabinet) it becomes a “most beautiful acquisition.” Subjectivity trumps social (and especially scientific) practices.

In fact, understanding this struggle between “to be used” and “to be owned” could illuminate at least one aspect of what I dubbed the astrolabe syndrome. Baudrillard mentions that for everyday objects, functionality and possession are in a constant state of flux: “L’environnement habituel garde … un statut ambigu: le fonctionnel s’y défait sans cesse dans le subjectif, la possession s’y mêle à l’usage, dans une entreprise toujours déçue d’intégration totale.” (p.122) One uses a car, a computer, a fridge, a television, etc. and has the feeling of owning these objects, yet when comes the time to “upgrade” them, though a sentiment of nostalgia may step in, in the end they are simply discarded. Complete subjectivity towards objects is thus never reached by individuals, though owing to their familiarity with these objects, they know how to use them, they can relate to their subjective abstraction when seen in a museum.

It is not the case with scientific instruments. Most people are just not accustomed to use them. They do not know how to relate to scientific instruments because they simply have no clue how to manipulate them. They never have developped the habit of using them. Consequently, when the instrument’s use has been abstracted upon entering the realm of the museum collection, visitors just cannot see the subjective “beauty” of these scientific objects. Again, Baudrillard explains very well this relationship between objects and habits: “Chaque objet est à mi-chemin entre une spécificité pratique, sa fonction, qui est comme son discours manifeste, et l’absorption dans une série/collection, où il devient terme d’un discours latent, répétitif, le plus élémentaire et le plus tenace des discours. Ce système discursif des objets est homologue de celui des habitudes… L’objet devient d’ailleurs immédiatement support d’un réseau d’habitudes, point de cristallisation de routines du comportement. Inversement, il n’est peut-être pas d’habitude qui ne tourne autour d’un objet. Les uns et les autres s’impliquent inextricablement dans l’existence quotidienne.” (p.132) Learning how to use a scientific instrument and seeing its inner and exterior “beauty” go hand in hand. Without the habit — habitus, tacit knowledge — the scientific object means nothing to someone seeing it behind glass, as s/he would a familiar decorative art object (such as a chair, armoire, lamp, etc.).

Science museums throughout the world are trying to educate people about scientific principles, with a vast array of hands-on and computerized activities, but they do not create the habitus of using instrument. Knowing everything about astronomy does not help in understanding how an astrolabe works-and see its subjective beauty. Same thing with an eighteenth-century vacuum pump, a nineteenth-century saccharimeter, and a twentieth-century bubble chamber or coincidence counter. Children learn through play, through object manipulation. It is high-time museum visitors learn about scientific instrument by touching accurate replicas (and the real thing when possible), not just virtual ones.

March 9, 2009 Posted by | Instrument, Museum | , , | 3 Comments

Dissertation Abstract

This dissertation examines the relationships between savants, artisans and machines in seventeenth-century France (1630-1690). I argue that French natural philosophy was not exclusively a matter of reason and rational thinking (Cartesianism), commonly distinguished from the experimentally-inclined England of Francis Bacon and Robert Boyle or the Italy of Galileo Galilei. Generating scientific knowledge in early modern France involved rather a combination of intellectual and hands-on practical skills, usually aimed at the production of instruments and complex machines. I suggest throughout the dissertation that artisans and savants intersected in technological spaces, where they formulated epistemic dialogues anchored in the tools and machines created within those spaces. Looking in turn at Marin Mersenne, René Descartes, and Blaise Pascal, I show how their respective description and interpretation of the pneumatic organ, lens-grinding machine, and arithmetical machine depended not only upon their knowledge of music, optics and mathematics but most importantly upon their familiarity with the work of organ makers, opticians and clockmakers–with whom they were in regular contact. Within these machines was embedded a plurality of practices (theoretical, experimental and artisanal) that Mersenne, Descartes, and Pascal themselves understood and expounded in their writing. Such habits of knowledge, as I call them, though distinctive were not as unconnected and compartmentalized as they are usually represented in the literature. The association of theory and practice, in relation to the material culture of science, became a common trope in the seventeenth century, including in France. The chapter on Christiaan Huygens and the Académie des sciences shows best how academicians, savants, honnêtes hommes and artisans formed in the latter seventeenth century an extended network inside and outside the royal institution, where intellectual ideas, practical knowledge, and instrumental inventions were shared and fought over by everyone for privilege and authority. Lastly, by fully integrating instruments and machines into the intellectual and hands-on practices of knowledge-production in early modern France, I describe how the concepts of habitus (of the mind and the body) and organum (instrument) were understood and how historically fitting they are in order to understand the coordination and tuning of the mind and the body for the production of science ( scientia ).  [pdf version]

January 30, 2009 Posted by | Epistemology, Instrument | , , , , , | Comments Off on Dissertation Abstract

Patent Models Workshop

Patent Republic exhibition workshop

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January 1, 2009 Posted by | Uncategorized | Leave a comment

Patent Republic Exhibition Poster

Official exhibit poster

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Acknowledgments

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January 1, 2009 Posted by | Uncategorized | Leave a comment